Les Mardis du savoir à la maison : les femmes artistes

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L’art n’est pas réservé aux hommes, même à l’époque de la Renaissance et du Classicisme. Nous allons voir aujourd’hui trois femmes qui furent de grands peintres !

‌Sofonisba Anguilossa 1535 / 1625

Ce fut la première femme peintre célèbre. Élève de Campi, un maniériste de Palerme, elle devint une peintre de cours réputée en Espagne. Le Duc d’Albe (le « Prince noir » des tableaux de Bruegel, persécuteur des flamands révoltés) lui conseilla d’aller à Londres, ou elle fit une brillante carrière. Les bons peintres anglais n’existaient pas à l’époque, et les Holbein et autres van Dyck y faisaient carrière. Il faudra attendre que Turner et Constable , duo de choc à la Jagger/Richard, ou Lennon/Mac Cartney, mettent les règles de l’huile et de l’aquarelle à l’envers et inventent le paysage… 

La Partie d’Echec, 1555.

Le portrait comme scène de genre ultra subtile… Sofonisba est à gauche et nous regarde. Elle tient un pion dans la main, symbole de pouvoir, assurance de femme. Sa fille Minerva en face fait un geste vif de la main, surprise.  La cadette, Lucia, s’amuse : c’est un des premiers rire d’enfant de la peinture !

Les tissus, les visages, le paysage sont étourdissant de virtuosité. Tout est serré pour rentrer dans le cadre de cette allégorie intime. Une vieille servante se penche à droite : ce sont les 3 âges de la vie… Van Dyck, arrivant en Angleterre, fera son portrait à … 93 ans!

Artemisia Gentileschi 1593 / 1652

Elle fut l’élève de son père Orazio, comme souvent, mais elle fut plus douée que ses frères !

 

Allégorie de la Peinture, 1639.

Elle se peint en pleine action. Elle est penchée,la palette en main, les lèvres serrées, le pinceau brandi. Pas de pose au miroir ici, elle se peint de l’extérieur, comme un modèle. C’est une Allégorie de la Peinture, très simple et belle : l’action de peindre dans son attention, c’est tout. La toile est brune et vide, le travail commence. A son cou le collier d’or, récompense suprême des artistes de cour.

 

Judith décapitant Holopherne, 1612.

En 1612, elle a 19 ans. Elle est enfermée, battue, jetée sur le lit et violée par son précepteur Agostino Tassi. Le père porte plainte, le procès durera 9 mois. Tous les plaignants sont torturés avec la Sybille, un lacet broyant les doigts… Le violeur est condamné a un an de prison.

La même année, elle peint cette scène biblique d’une extrême violence. Le sang gicle, le général philistin écrase le visage de la servante, la jeune héroïne l’empoigne fermement et coupe dans la chair…Fond noir, draps blancs, tissus et sang rouges…

On reconnait Judith, c’est Artemisia, et Holopherne Tassi son violeur. C’est une œuvre à charge, un exorcisme, une scène de haine et de colère féministe: Que la bête meure! Une icône « me too » avant l’heure !…

Elisabeth Vigée le Brun 1755 / 1842

La dernière peintre de cour célèbre… et pour cause ! A son époque les jeunes femmes pouvaient étudier à l’Académie, ce qui ne le sera plus le cas dès la Convention !

Elle fut reconnue par le grand Greuze, devint la portraitiste préférée des femmes de Versailles, et la favorite de la reine Marie Antoinette. On ne guillotine pas les peintres, heureusement ! Elle partira en exil à Naples, en Russie, et rentrera après la chute de Napoléon avec la Restauration, toujours royaliste convaincue.

Autoportrait, 1790.

Regardez comme la dentelle et le voile blanc mettent en valeur les chairs. Le fond est brun, le corps vêtu de noir, le grand ruban rouge réveille l’ensemble, et l’harmonie colorée est appelée sur les pinceaux. C’est une jeune artiste sûre d’elle, qui regarde en souriant son modèle dont elle esquisse le portrait : La reine Marie Antoinette, son amie chère.

Elizabeth mourra dans la misère et aveugle à Paris en 1842. Son œuvre a été oubliée (ou boudée?) jusqu’à la fin du XXème siècle. Simone de Beauvoir la cite comme exemple de la médiocrité féminine soumise et narcissique...Qu’importe, c’est un grand peintre, et son œuvre  sereine et joyeuse, subtile et aimante est unique.

Les mardis du savoir à la maison

Depuis plusieurs saisons, le centre culturel du Briscope vous propose des rendez-vous pour des conférences dont certaines autour du travail d’un artiste plasticien ou d’un mouvement artistique, ce sont les « Itinéraires artistiques ».

Aujourd’hui, Thomas Lovy vous propose de découvrir, depuis chez vous, ses tableaux préférés !